GISÈLE, LE DESTIN D'UNE MUSICIENNE


Auguste Grandpierre, son père, descend d’une importante famille de la Meuse. A Paris, il dirige une florissante affaire de fabrication de bronzes d’art, de luminaires et d’installation électrique, et son aisance sociale lui permet de procurer à ses filles le meilleur enseignement. Entre autres disciplines elles sont éduquées à la musique, comme il est de mise dans les grandes familles bourgeoises. Gisèle, la cadette, choisit son instrument – la harpe – et ses sœurs, Paule et Yvonne, optent respectivement pour le violoncelle et le violon. Le père, désireux de créer un environnement stimulant pour sa prometteuse progéniture, finance un orchestre constitué de cinquante élèves du Conservatoire, avec l’assentiment de Louis Hasselmans, professeur de Gisèle : l’orchestre Grandpierre.

Au Conservatoire Gisèle est élève de Gabriel Fauré, qui en est alors le directeur, de Marcel Tournier et de Gabriel Pierné. Elle obtient le premier prix de harpe, en 1910, à 14 ans. Vers 1910 Gisèle, talentueuse harpiste 1er prix du conservatoire national, rencontre la célèbre danseuse Cléo de Mérode (1875-1966), considérée comme une des plus belles femmes du monde et pionnière de la danse moderne. Auguste Grandpierre lui présente sa fille Paule, alors à ses débuts de chanteuse, et Cléo accepte d’aider la jeune femme en lui donnant des cours de danse et de maintien. En retour Gisèle lui enseigne les rudiments de la harpe. Elles se produisent plusieurs fois ensemble dans des galas de bienfaisance. Leur relation amicale dure toute leur vie.

Paul Tissier fréquente le Salon des Grandpierre dès 1911; musicien, il joue dans l’orchestre Grandpierre. Le jeune architecte de dix ans son aîné fascine Gisèle, par ses voyages, sa culture et son allure. Une idylle se fait jour. A 17 ans, Gisèle participe, le 3 mars 1913, à la salle Gaveau, au troisième concert du Violon d’Ingres sous l’impulsion de Paul et y fait forte impression. Ils se marient en 1915. Après la guerre ils perpétuent, à leur domicile de la rue de Téhéran, la tradition des concerts privés et constituent avec passion une collection d’instruments anciens. Gisèle intervient régulièrement lors des Fêtes d'art, et participe activement au choix des artistes.

Si elle ne poursuit pas sa carrière d'instrumentiste, elle n'abandonne pas la musique donnant de temps en temps des concerts exceptionnels de bienfaisance ou signant des compositions sous le nom de Gisèle Harpa. Après guerre elle écrit avec sa soeur Paule des chansons destinées aux casinos de la Côte d'Azur : 400 œuvres sont aujourd'hui déposées à la Sacem. Jusqu'à la fin de sa vie Gisèle joue quotidiennement sur sa harpe Erard.