LES FÊTES D'ART


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L'Hippodrome


Dessiné par les architectes Cambon Galeron et Duray cet immense hall est construit dans le cadre de l’exposition 1900. Rappelant le style du grand Palais, la construction mélange une façade néo-baroque avec coupole d’entrée et une immense superstructure en poutres métalliques. Le bâtiment d’ingénieur maquillé par les architectes, il est aussi un enfant de la fée électricité : il accueille ses 5.000 spectateurs pour des démonstrations hippiques par tous les temps et à toute heure. Le soir, sa façade illuminée symbolise la vie nocturne de la place de Clichy. Il possède un grand restaurant dessiné par Edouard Niermans et devient un des lieux les plus à la mode des années 1900.

Destiné à perdurer au-delà de l’exposition, le bâtiment connaît un grand succès mais il reste difficile à gérer et à amortir. L’Hippodrome est le plus souvent une salle à louer où ont lieu des évènements très divers. On y voit des reconstitutions de courses de chars, des « drames historiques » ancêtres du péplum comme Vercingetorix (200 figurants, 6 éléphants et 50 chevaux), ou L’agonie de Byzance. En 1903, l'américain Franck C. Bostock y présente des fauves, des fakirs, un nain, un géant, un veau à deux têtes et… un mangeur de couleuvres. La taille de la salle (40m sur 60 m de profondeur et 24 m de haut) permet autant des matchs de football, des combats navals, des cirques que bien sûr des fêtes. Dès 1907, l’Hippodrome est vendu une première fois et on y commence des représentations cinématographiques.

En 1909, les Quat’Z’Arts y organisent leur bal annuel avec pour thème la Perse antique de Xerxès. Une rare photographie, reproduite dans la revue Eros, montre l’installation des décors à l’échelle de la salle. Les archives Tissier comportent un autre document précieux : le plan de la salle, relevé et dressé « par les bons soins du Comité ». Ce document, donné à chaque atelier, indique le tracé du défilé, l’emplacement des loges, les sorties de secours, etc... Il fournit aussi tous les renseignements nécessaires à chaque installation, précise ce qui est autorisé ou non, les obligations à suivre. Les organisateurs ne reculent pas devant les contraintes et poussent très loin la transformation de la salle, quitte à construire un important plancher pour recevoir le défilé.

La Gaumont rachète le bâtiment en 1911 pour en faire « le plus grand cinéma du monde » et « la plus vaste salle d’attractions » selon la publicité de l’époque. Sa vocation de « cinéma-théâtre » ne changera plus.

Le 4 mai 1924 s’ouvre à Paris les VIIIèmes olympiades des temps modernes. Ce sont les derniers jeux de Pierre de Coubertin qui souhaite vivement qu’ils se déroulent dans la capitale française. Cet événement marque aussi l’entrée de l’Olympisme dans l’ère médiatique ce qui lui attire une plus grande audience. C’est dans ce contexte que Paul Tissier imagine une « fête pour la clôture des jeux Olympiques ». Quinze ans après le bal des Quat’Z’Arts, il situe son étude dans cette salle qu’il connaît bien, l’Hippodrome, désormais le Gaumont –Palace. Les jeux se terminant le 27 juillet, les maquettes datent vraisemblablement de mai-juin 1924.

Il est difficile de savoir exactement si Tissier agit de sa propre initiative suite à ses premières études pour les fêtes de Nice et fait de son propre chef cette proposition au Comité Olympique ou si c’est l’organisme qui lui en a fait la demande. Mais l’absence de tout document écrit, correspondance ou autre référence ne permet pas de trancher.

On trouve plusieurs plans, des relevés du proscenium et la transformation qu’il entend y faire, et une série de perspectives de la salle et de la scène. Il imagine de recouvrir de grands drapés rouges et bleus l’abus de décorations baroques quelques peu ridicules qui entourent la scène. Les différentes maquettes prévoient d’installer sur la scène un décor d’acropole dominé par une sculpture monumentale d’Athéna. Des acteurs y mimeraient une cérémonie d’offrandes aux Dieux, tandis qu’un immense défilé de figurants et d’animaux divers (éléphants et dromadaires) parcouraient toute la salle, créant une interaction entre la salle et la scène.

L’Hippodrome pour sa part continue sa route. Avec l’arrivée du cinéma parlant en 1930 Gaumont décide de moderniser le bâtiment. L’architecte Henri Belloc transforme la coupole de l’entrée en une sorte de ziggurat moderniste qui, le soir, devient une fontaine lumineuse. A l’intérieur, le plus grand cinéma du monde offre 6 000 places, un luxe de paquebot, un orgue électrique, un équipement sonore de grande qualité. Après s’être doté d’un écran panoramique de 312m2 dans les années 1950, le géant va perdre du terrain face à son redoutable concurrent : la télévision. Revendu, abandonné, il est détruit dans l’indifférence en 1972 et remplacé par un centre commercial coiffé d’un hôtel.

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L'Hippodrome Carte postale d'époque et coupe Affiche de L'Agonie de Bysance Bal des Quat’Z’Arts 1909 Plan de l'Hippodrome, 1909 Gaumont Palace Projet pour les Jeux Olympiques, 1924 Nouvelle architecture Vue de nuit Le plus grand cinéma du monde