LES QUAT'Z'ARTS


Les Quat'z'Arts


Entre 1911 et 1913, les qualités d’organisateur de Tissier le font nommer président du Comité du Bal des Quat’Z’Arts auquel il participe régulièrement depuis son entrée aux Beaux-Arts. Créée en 1892 dans un parfum de scandale et de provocation cette fête non-officielle réservée aux étudiants se déroule annuellement dans de grandes salles parisiennes. Sous prétexte de reconstituer une époque, un événement historique, les élèves laissent libre cours à leur imagination, leur goût prononcé pour les décors grandiloquents, les costumes loufoques et les calembours douteux. C'est aussi l'occasion de véritables créations artistiques. Les étudiants doivent créer eux-mêmes leurs costumes et se conformer à l’époque représentée. Accompagnés des modèles de l’École et autres participantes, la joyeuse troupe défile dans Paris, costumée et dans des tenues parfois très osées. Les photographies, les articles de l’époque et les superbes cartons d’invitations témoignent non seulement des fantastiques efforts déployés pour ces circonstances éphémères mais aussi d’une très surprenante liberté. Derrière l’aspect superficiel d’une fête, c’est un vrai sentiment de solidarité professionnelle et de camaraderie qui rassemble les étudiants, l’incarnation de l’esprit de l’École.

Jusqu'en 1966, le bal des Quat'z'Arts reste la manifestation la plus éclatante de "l'esprit rapin", l'humour irrévérencieux des étudiants du Quartier Latin, un état d'esprit célébré par la presse et les écrivains, chanté par Brassens. A l'époque de Paul Tissier, avant la grande boucherie de 1914, les Quat'z'Arts entr'ouvent une fenêtre de liberté dans une société cadenassé et redonne à l'idée de "bal masqué" toute sa puissance subversive.

« Le bal des Quat’z’Arts, en vérité… c’est l’allégresse débordante d’une nuit où sont abolies toutes les contraintes… c’est de la jeunesse lâchée et qui galope à cru dans une joie de vivre pendant quelques heures dans un monde autre que l’actuel, de se mouvoir sur un autre plan… c’est la joie excessive de réaliser par soi et pour soi et de glorifier la ligne, la couleur, la forme, le mouvement et cette magnifique expression humaine du beau : le nu… » (André Warnod, « Le Bal des Quat’z’Arts », Érôs, 1932.).