PRÉSENTATION


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Les rôles de l’architecte


Dans une lettre où il le félicite pour ses fêtes, Jacques Carlu adresse à Tissier ce très juste éloge : « Cela a prouvé une fois de plus la souplesse de ton talent, les ressources de ton imagination et tes dons d’organisateur.» On ne saurait mieux souligner l’originalité de Paul Tissier, la singularité de sa carrière hors-norme, cette manière de reconfigurer ses multiples dons ou intérêts en s’adaptant aux circonstances. En effet, il nous offre un point de vue particulier sur la nature de l’architecte : à la fois créateur et organisateur, son rôle n’est pas limité au seul domaine de la construction. A l’instar d’un metteur en scène ou d’un chef d’orchestre, il est un décideur : un homme de goût qui impose une vision, une méthode, une pratique. Il s’agit d’échapper à un cadre trop étroit et d’ouvrir sa profession, souvent malmenée, de la requalifier en lui redonnant toujours plus de place aussi bien dans la société que dans les arts.

Éduqué dans la tradition des Beaux-Arts, notre artiste aurait pu se fondre dans le conservatisme mais il tente une approche sensible, rationnelle et diversifiée de son métier. Tissier ne se contente pas de suivre les tendances, il surprend également par sa précocité et son engagement dans différents domaines, il séduit et retient d’emblée l’attention. Son indéniable don de dessinateur constitue sa signature la plus intime et probablement la marque la plus évidente de son talent.

Un pragmatisme à toute épreuve et une phénoménale capacité de travail caractérisent également cet « homme-orchestre ». Attiré par le monde du pouvoir et des affaires, sans timidité, Tissier incarne d’une certaine manière l’ambition de la génération d’après-guerre. Plus qu’un simple touche-à-tout, il se conduit comme un vrai entrepreneur qui tente constamment de rendre tout ce qu’il touche, d’une manière ou d'une autre, plus intéressant. Mettre en parallèle la carrière de l’architecte et celle de l’organisateur de fêtes fait apparaître une pensée moderne soucieuse de rationalisation, aimant prendre pour point de départ des modules simples qu’on peut faire évoluer, intervertir, transformer. La forme finale a autant d’importance que le processus : elle n’est qu’une étape avant une nouvelle version, une déclinaison, un agrandissement, une autre configuration. Si on peut être tenté de le considérer comme un cas à part, une curiosité, il s’avère à la réflexion que Paul Tissier pointe un principe plus profond : la volonté d’ouvrir le spectre du travail de l’architecte.