PAUL ET LE VIOLON D'INGRES


Depuis la création des Ateliers, sous le second Empire, l’École des Beaux-Arts de Paris est réputée pour la qualité de la musique qu’y jouent les étudiants, le plus souvent en simples amateurs. Parmi ceux-ci, Paul Tissier, lui-même altiste, décide de réunir toutes ses compétences pour créer, en 1909, une « Association symphonique des Beaux-Arts ». L'idée consiste également à doter l'Ecole d'un orchestre à la hauteur de son prestige et à l'image du talent de ses étudiants. Très rapidement son orchestre rassemble près de soixante-dix personnes, étudiants peintres, sculpteurs ou architectes, et prend le nom de Violon d’Ingres. Outre son concert annuel, le groupe se dévoue aux grandes réunions artistiques, Congrès des architectes, banquet du sculpteur Patey, ... Tissier en reste le président jusqu'en 1914.

Tissier se charge d’en recruter les membres et de faire appel au concours de grands noms, Émile Engel, Jane Bathori, Rodolphe Plamondon, chanteurs ou instrumentistes, pour jouer avec l’orchestre. Pour parrainer son entreprise, il sollicite le peintre Luc-Olivier Merson, membre de l’Institut, qui accepte d’en devenir le président d’honneur, ainsi que Louis de Fourcaud, professeur d’esthétique aux Beaux-Arts, vice-président d’honneur. Les chefs, Pierre Renauld et Henri Welsch, se succèdent à la tête de l’orchestre qui attire très vite l’attention. Fourcaud perçoit tout l’intérêt public et artistique d’une telle formation et conseille à Paul Tissier de s’orienter vers la musique française contemporaine, Debussy, Fauré, Pierné, Dukas, Périlhou, Franck, afin de ne pas se trouver confronté aux nombreuses sociétés de concert parisiennes bien plus expérimentées, et de se doter d’une spécificité plus légitime. En aidant la musique nouvelle, l’orchestre trouvera plus sûrement son public et sa place au sein de l’univers musical.

C’est notamment lors du 3e concert du Violon d’Ingres, le 3 mars 1913, salle Gaveau, que Gisèle Grandpierre interprète le Concertstück de Gabriel Pierné, déclenchant l’enthousiasme du public et des critiques. Le 4e concert de mars 1914 reçoit les parrainages les plus prestigieux non seulement du monde de la musique mais aussi de l’art et de l’architecture. La Guerre interrompt brutalement cette ascension. La formation ne se reconstitue qu’après le décès de Paul Tissier. Le Violon d’Ingres, orchestre d’amateurs composés de différentes professions libérales, architectes, artistes, avocats, médecins, etc. existe encore aujourd’hui et vient d’ailleurs de fêter ses cent ans.